jeudi 21 avril 2011

Un piano accordé

Dans le neuf paysage de mon âme d'ivraie
Se trouverait une enceinte aux murs élevés.
La salle serait vide et, au centre, trônerait,
Un piano d'émeraude aux touches inachevées.

Ses accords (seul dieu sait comme je les entends
Dans les nervosités de ma tendre folie)
S'abattent sur les murs ; un sourire latent
S'immisce sans mesure depuis mon alalie.

Sur un mur, une fenêtre, sans rideau, sans volets,
Qui laisse filer à travers ses carreaux sales
Une lumière sombre. Les matins sont très laids,
Mais les nuits, à l'inverse, deviennent abyssales.

Nos têtes sont des mondes, des arts ou des désastres,
Où "Restriction" n'existe pas, n'existe guère.
Nous fuyons, en mesurant de loin par les astres
Le sol qui repousse cette palabre amère.

Les nuages restent blanc, l'herbe est de brindilles.
Neige d'hiver devient un cadeau d'orée.
Les heures y sont trop longues, si bien que les aiguilles
N'aspirent plus, il est vrai, à les mesurer.

Tout ceci n'est qu'un rêve, mais vas-y, ami, ose !
Mon corps sur mon âme tient de chers mots bibliques,
étant "Seul, Eternel, présent à toute chose
Mais invisible et non représentable." Musique !

Des notes maîtresses d'une symphonie de larmes
Qui s'acharne à rouler pour ma carcasse infâme.

Le piano est à cordes et,
Mes délires aussi.

Psaume.

Je te sens comme écrite au buvard ; tes maux sont
Inversés. Ton corps est lent, sourd, lourd, lassant,
Mais ton âme endurcie est pleine de beauté.
Tel un livre sacré, tes maux sont en verset.
Dans un livret secret, tes mots sont renversés.

Abandon : la sueur

Mon corps te pleure, mon coeur déplore
Ces heures de mort, d'or et de leurre
Passées à te souffrir (tremblants remords) :
Par tous mes pores, tu dois partir.

Je sus tes joies, je sus tes peines.
Je sus tes rengaines et tes lois.
Tu fus mon roi, je fus ta reine,
La Madeleine et le soldat.

Je sue le spleen, qui s'étiole
Et qui s'envole de ma machine.
Ces sanglots longs sonnent le glas :
Tu n'es plus là, sors les violons !

"T'as tabassé une fée."

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Pour tous mes camarades qui ont trop cotoyé la page blanche, je viens de vous trouver une excuse :

L'encre est notre avenir. Économisons-la.

samedi 2 avril 2011

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Je compte briser les bruits qui m'entourent.

samedi 12 mars 2011

(écriture auto)

Les fleurs dans mon corps sont des étincelles d'érosion, et rosies par le temps ne deviennent que frissons. C'est un mort dans mon âme qui se meurt à l'instant, qui se mord le creux des joues à défaut de jouer le coup du mort. Mais saute-moi au cou, j'y crois, c'est le temps meurtrier des anges qui m'attirent et me violent, sur le front une larme, sur les lèvres un pétale. J'ai cru à tes espoirs, j'ai cru à tes soufflements, à tes soupirs d'égarement, mais le temps m'est venu et je pars sur mes pieds. Mes rotules vont bon train, je n'avance pas bien, peu m'importe l'échéance car les mats m'ont mis un échec, et j'ai peur de l'avenir, et j'ai peur de la voir venir.

C'est une cosmopolite ville qui réside dans mon sein, ma poitrine qui s'ébat en éclat et le gonflement d'une âme sur les ailes de métal, sur les griffes acérées des miroirs déclins. Que faire des cités, des monts et des vallées ? Des villes et des matelots ? Des vagues de sang, des lots d'écume.



Quand je t'embrasse.

Quelques mèches se baladent, hésitantes. Elles se balancent de droite à gauche, comme des danseuses qui apprennent leurs pas. Sombres mais sans ombre, tes cheveux ne se distinguent plus de la nuit qui précède ton jour. Je me mets à croire en des choses inexistantes, car la nuit inconsciente est siège de délires. Je vois des vies en arc-en-ciel battre à l'intérieur d'un cheveu, des rivières de mots couler dans tes baisers, couler entre tes lèvres et couler sur tes cils. J'aperçois même contre mon gré des fantômes acérés de couleurs pulpeuses, des anges d'un temps d'avant que le temps m'a volé.
Ton front s'offre en reposoir pour mes lèvres amères, pour mes ailes d'hiver, pour mes idées d'ivoire. Je l'embrasse entre deux stalactites mouvantes de tes cheveux défaits. Il est brûlant d'une fièvre qu'on apaise dans les soupirs, les râles et la sueur. Cette maladie s'attrape à toute heure de l'année, et je veux finir mes jours dans cet hospice maudit. Je veux crever de te regarder, crever de te penser. Je veux un jour rayer chaque journées qui se laissèrent exister avant lui, et pouvoir vivre de mes sens jusqu'au dernier souffle dans mon lit.
J'adore la courbe de tes sourcils lorsque tu es endormi, ces arcs érigeant le bâtiment sacré de ton visage, deux voûtes célestes qui accompagnent les trous noirs au centre d'une galaxie irisée. Quand tu les ouvres pour que de tes lèvres s'échappent un baiser, mes pensées divaguent mais tournent en orbite autour de tes yeux, des minutes ou des heures. Il suffit qu'un détail se heurte au champ de mes pensées, et c'est mon corps entier qui se retrouve happé à l'intérieur de tes pupilles dilatées.
Quand la nuit pose son empreinte au bâillement de ta porte, je t'observe dans l'ombre. Ton visage allumé à plusieurs reprises d'un sourire semble me deviner, timide observatrice d'un spectacle inconscient. La couette se soulève. Ta respiration comme les vagues la fait aller et venir, à bout d'mes riens ; mon regard se fixe sur ton corps qui sommeille, cette pomme d'Adam qui me donne envie de pêcher.

Comme certains contemplent le pont Neuf au dessus de la Seine, je m'attarde au pont de ton corps sur un lit de couette bleue. Un cou osseux s'offre à moi, et mes yeux se ravissent. Mes lèvres sont rivées sur cette peau caverneuse. Un grain de beauté est perdu au milieu de ce festin, je lui narre ton histoire. Il apprend tes méfaits, tes plus belles médailles. Il apprend tes pensées rares, comme tes gestes quotidiens.
Et, sans me laisser finir l'histoire de notre plus douce victoire, l'Homme se tourne, me montre son dos ?! Une colline blanchie s'impose à mes yeux. La chaîne des Pyrénées me parait ridicule, et il me semble avoir une meilleure vue de mon lit que du sommet du Pic du Midi. Je relève délicatement les draps pour observer ton épine dorsal : toucher tes monts comme Artémis toucherait son oeuvre du bout des doigts.
Cependant, mes membres tremblants n'atteignent qu'un instant cette peau veineuse, cette taie veinarde. Et je me tais moi-même devant un tel paysage. Tu dors et je t'observe. Tu dors peu, mais la nuit n'a plus de fin. Affamée de ta peau, assoiffée de ton coeur, affamée à toute heure de mon homme, mon cadeau.
Je retourne loin de toi, la peur au ventre de voir s'élever une merveille à chaque instant. Ne plus pleurer. Ne plus parler. Se cacher. Nu comme un ver sous ton cocon de coton, chrysalide au bord de l'éclosion. Un nouvel homme à apparaitre sous des traits plus radieux, comme radiant d'étoiles de beauté, de frissons, de mystères. Je dessine de mon ongle sur ton épaule les lettres de mon prénom, pour marquer ce qui le temps d'une vie m'aura appartenu : j'ai des actions sur ton corps que je ne cède à personne. Taux d'intérêt trop élevé.

Désormais allongée à tes côtés, je te laisse la chaleur du tissu qui ne m'attire plus. Je fixe le plafond de temps à autres, pour m'éviter le sentiment de névrose, d'obsession compulsive. Sur ta peau défile mon nom. Je le lis en Georgia, font size 16. Parfois souligné mais jamais barré. Le J majuscule reste fin et fragile : je souris, le trouvant à mon image.
Les heures défilent désormais, et le soleil percera bientôt les rideaux blancs de ta chambre, des clous illuminés apportés par la Nature. Je ne veux pas de ces rayons aiguisés, je veux devenir un vampire, te faire perdre le souffle, te vider de ton énergie. Je veux continuer des heures encore à te fixer, ne plus faire que ça, chaque nuit, chaque entre-jours.
Quand le matin viendra, je te regarderai toujours, comme l'artiste apprend son oeuvre après des années de distance. Je te dirai de te rendormir, que tu as le temps. Que tu es épuisé, mon Amour.